BERGSON, Henri

Rare lettre et carte de visite du jeune philosophe à Angers.

"Il faut que je fasse aux jeunes filles des cours sur la littérature française, ou j’ai autant à apprendre qu’elles."    

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Caractéristiques

Lettre autographe et carte de visite signée d’Henri Bergson (1859-1941) à son condisciple normalien Léon Sautreaux.

3 novembre 1881, Angers. 4 pages petit format in-18 sur un double feuillet. Enveloppe et timbre conservés.

Taille : 13 x 10 cm / 13 x 20 cm déployé. Carte de visite : 6,5 x 10,5 cm

Rare correspondance du jeune Henri Bergson, 22 ans, nommé professeur au lycée David d’Angers en 1881.
Deux ans plus tard, il est muté au lycée Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand.

Nous joignons une rare et précieuse carte de visite autographe : « Henri Bergson, professeur de Philosophie au Lycée – 14 boulevard de Saumur. Angers. » Bergson y mentionne une adresse londonienne relative à un séjour familial à Londres.

Henri Bergson considérait ses années à Angers et Clermont comme les sept années parmi les plus heureuses et fécondes de sa vie. (Jacques Chevalier, Entretiens avec Bergson, Plon, 1959).

Très belle signature de jeunesse.


Mon chéri,

Pardonne-moi de n’avoir pas encore répondu à ta dernière lettre.

Je ne veux même pas que tu considères ceci comme une réponse, car je ne peux t’écrire que deux mots. Je suis accablé de besogne. Non seulement j’ai 14 heures de classe au lycée, toutes a préparer ; mais il faut que je fasse aux jeunes filles des cours sur la littérature française, ou j’ai autant à apprendre qu’elles.

Ajoute à cela que je traduis pour l’éditeur Germer Baillière un livre anglais sur les illusions, et que je n’en ai pas fait la moitié, et que j’ai promis le tout pour la fin du mois. Tu comprendra que je n’aie même pas le temps d’écrire aux meilleurs de mes petits amis.

Mais sois tranquille ; tu ne perds rien pour attendre. Je me propose de te faire avaler souvent de ma prose, ne fût-ce que pour contrecarrer l’influence de Durkin que tu aimes trop.

En revanche, il faudra que tu m’écrives quelquefois.Tu me diras ce que tu aurais bien pu me dire déjà, si tu te plais à Niort et si tes fonctions t’amusent.

Pour moi, j’ai toutes les peines du monde à me prendre au sérieux. Je suis obligé plus que jamais de tenir mon mouchoir sur la bouche. Je te recommande ce moyen. Pour la logique de Rabier, si tu y tiens absolument je te l’enverrai tout de suite, mais je n’ai pas encore eu le temps d’en copier un traître mot ; et à en juger par la peine que j’ai a improviser la psychologie, je me demande ce que ce sera pour la logique. Si tu peux attendre un mois tu me feras le plus grand plaisir. Puis-je espérer qu’on te verra jamais à Angers ?

J’ai déjà prié Desjardins qui est au Mans, d’y venir ; si tu pouvais t’y trouver en même temps, ce serait un charmant trio, et tu ferais le plus grand plaisir à ton ami qui malgré tout, t’aime bien.

H. Bergson

Carte de visite :

Henri Bergson [imprimé] regrette beaucoup de ne pouvoir t’embrasser avant son départ et te donne son adresse : 50 Princess Road, Kilburn, N.W. London


Léon Sautreaux est élève de l’École normale supérieure en même temps que Bergson dans la section des lettres en 1878. Il mènera une carrière discrète de professeur de philosophie au Lycée de Grenoble. Bergson interviendra en sa faveur en 1924 auprès du grand chancelier afin que lui soit remis la légion d’honneur : «J’estime pour ma part, que cette vie de travail, d’effort, de dévouement à l’Université, mériterait d’être récompensée par la croix de la légion d’honneur».

École normale supérieure, promotion de 1881- Science – Léon Sautreaux, de profil au deuxième rang en partant de la droite. Source : Lucienne, Bibliothèque numérique de l’ENS-PSL.

Portrait d’Henri Bergson :

 

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