PROUST, Marcel

Émouvante lettre sur le deuil de la mère, reprise par Roland Barthes

"c'est une douceur [de savoir] qu'on n'aimera jamais moins, qu'on ne se consolera jamais, qu'on se souviendra de plus en plus."

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Caractéristiques

Lettre autographe signée de Marcel Proust (1871-1922) à Georges de Lauris (.

Quatre pages in-12° sur papier de deuil. Slnd [Lundi soir, 18 février 1907] – Traces de pliures.

Lettre publiée à la correspondance Kolb, tome VII, pages 85-86. Provenance : descendance de Georges de Lauris.

Très émouvante lettre de Proust sur le deuil et la perte de la mère, citée par Roland Barthes dans son Journal de deuil 1977-1979, permettant à l’extrait central de cette lettre, aujourd’hui régulièrement cité, d’accéder à une plus grande postérité.

Georges de Lauris faisait partie de la bande des « jeunes ducs ». Il fut un ami intime de Proust et donna quelques traits au personnage de Robert de Saint-Loup dans À la recherche du temps perdu .

Proust écrit ici à Georges de Lauris au soir des funérailles de la mère de ce dernier, Hortense van de Wynckèle, Marquise de Lauris. Proust ayant perdu sa propre mère en, ce décès le ramène a sa propre douleur,

On joint à la lettre de Proust, le faire-part de décès de cette dernière ainsi que le Journal de deuil de Roland Barthes.


Mon petit Georges,

Je ne vous avais pas répondu parce que je croyais venir ce matin [aux obsèques de la mère de Georges de Lauris], mais j’ai senti que je ne pourrais pas aller jusqu’au bout je vous expliquerai cela. Si je vous envoie ce petit mot ce soir c’est pour vous demander comment votre père a supporté cette journée, comment vous l’avez supportée vous-même, mon pauvre petit Georges.

Maintenant je peux vous dire une chose, vous aurez des douceurs que vous ne pouvez croire encore.

Quand vous aviez votre mère vous pensiez beaucoup au jour de maintenant où vous ne l’auriez plus. Maintenant vous penserez beaucoup aux jours d’autrefois où vous l’aviez.

Quand vous vous serez habitué à cette chose affreuse que c’est [d’être] à jamais rejeté dans l’autrefois alors vous la sentirez tout doucement revivre, revenir prendre sa place, toute sa place, près de vous.

En ce moment ce n’est pas encore possible. Soyez inerte, attendez que la force incompréhensible et où les médecins hélas ne comprennent pas beaucoup plus que les autres ce qui vous a brisé, vous relève un peu, je dis un peu parce que vous garderez toujours quelque chose de brisé.

Dites-vous cela aussi car c’est une douceur [de savoir] qu’on n’aimera jamais moins, qu’on ne se consolera jamais, qu’on se souviendra de plus en plus.

Je n’ai pas besoin de vous dire mon petit Georges que c’est en pleurant beaucoup que je vous écris cela, de mauvaises larmes plus sur moi que sur vous-même, tandis que jusqu’à ce soir, c’était à vous seul que je pensais.

J’espère que vous pourrez aider votre père à supporter, être entièrement à lui.

Ma vie est toute bouleversée. Hier j’ai déjeuné à onze heures et demie, car je me préparais à sortir aujourd’hui. Si vous venez un jour et si je n’ai pas tant de crises qu’aujourd’hui ce serait peut-être 7 heures le mieux, pour ne pas laisser votre père seul le soir. Beaucoup de personnes m’écrivent sachant mon chagrin, même des gens que vous ne connaissez pas, le petit Duplay par exemple.

Je crois que Reynaldo [Hahn] et d’Albu [Louis d’Albufera] ont du avoir la tristesse de ne pas pouvoir vous serrer la main. Je sais du moins que d’Albu m’avait téléphoné, ayant appris par un mot de moi le terrible malheur, pour me demander quand était l’enterrement, disant pourvu que ce ne soit pas lundi car je suis obligé d’aller à Compiègne, et Reynaldo que j’ai vu avant une répétition qu’il ne pouvait manquer mais tous deux pensant beaucoup à vous, mon frère aussi, ma belle-sœur même qui m’a téléphoné m’a bien touché.

Tout le monde est bouleversé, mais personne ne peut avoir le même chagrin que moi parce que personne n’a tant espéré et senti avec vous.

Tendrement à vous

Marcel.


La lettre est proposée dans un élégant cadre en bois sculpté noir et or, protégé par un entre-deux-verres anti-uv et anti-reflet. Le cadre double face est habilement pensé pour être exposé posé, sur un bureau ou une bibliothèque. Décadrable facilement sur demande.
Taille avec cadre : 26,5 x 31,2 cm – (lettre seule, 19 x 22,5 cm déployée)
Ci-dessous, Portrait de Marcel Proust, par Jacques-Émile Blanche. 1892

 Jacques-Emile Blanche Portrait de Marcel Proust 1892 Huile sur toile

Quelques citations de notre lettre glanées en ligne :

 

 

 

 

 

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