Stendhal évoque Paris, Rome et sa chère Giulia Rinieri
"Tout ce carnaval, cet excès de société n’est pas la société. Pas de maison où l’on trouve 15 personnes passables."4 200,00 €
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Lettre autographe signée de Stendhal (1783-1842) à l’avocat Florentin, conseiller et ami Vincenzo Salvagnoli (1802-1861).
Civitavecchia le 12 mai [1841]. Signé du pseudonyme « Alb. Gentili »,
Quatre pleines pages in-8. Papier au chiffre de Stendhal gaufré à froid (de ses initiales HB, pour Henri Beyle). Légère trace de cire au recto du premier feuillet. Trace d’un ancien montage en onglet.
Taille : 20 x 15,5 cm (20 x 31 cm déployé)
Belle lettre publiée dans L’Année stendhalienne (n° 11, 2012, p. 329-334) évoquant à la fois les réussites financières de son ami Salvagnoli, Paris, Rome et Giulia Rinieri, devenue Mme Martini, amour central de Stendhal qui inspira certains traits de Mathilde de la Mole dans le Rouge et Le Noir.
Giulia Rinieri avait rencontré Stendhal, de 18 ans son aîné, en 1827, à Paris. Trois ans plus tard, c’est elle qui avait déclaré sa flamme la première avec ces mots qui font tant sourire « Je sais bien et depuis longtemps que tu es laid et vieux, mais je t’aime. », avant que l’écrivain ne se décide à la demander en mariage auprès de son tuteur. Demande qui fut refusée. Elle épousa le 24 juin, un de ses cousins, Giulio Martini, dont elle eut deux enfants. Elle revit cependant Stendhal lors de séjours communs à Florence quelques années plus tard et tous deux entretinrent une grande et tendre amitié jusqu’à la mort de Stendhal.
Vincenzo Salvagnoli, jeune avocat florentin brillant et cultivé, fit la connaissance de Stendhal en 1827 et une amitié durable naquit entre eux, les deux hommes étant soudés par une même passion pour l’art et la littérature. L’avocat accompagna Stendhal à Paris quelques mois après notre lettre en octobre 1841.
Stendhal fut nommé Consul de France en 1831 à Civitavecchia, seul port des États pontificaux, « trou abominable » de sept mille cinq cents habitants, dont mille forçats. Là, il est terrassé par l’ennui et la bêtise : aucun salon, aucun ami, aucune jolie femme, aucune discussion intellectuelle. Il se donne du courage avec son mot d’ordre, « SFCDT (Se Foutre Carrément De Tout) ».
Il s’agit ici du dernier mois de mai pour Stendhal qui disparaît l’année suivante, en mars 1842.
On apprécie l’esprit de Stendhal en ouverture de la lettre :
« La renommée dit que vous faites des miracles non seulement d’esprit, mais encore d’argent chose que les envieux ne peuvent pas nier. »
«Civitavecchia le 12 mai
La renommée dit que vous faites des miracles non seulement d’esprit, mais encore d’argent chose que les envieux ne peuvent pas nier.
Un jour que le hasard vous conduira du côté de Santa Croce soyez assez bon pour monter au Palais Martini. Demandez des nouvelles de Madame Berlinghieri Martini. Comment vont ses enfants, quelle place occupe M. Martini, Madame est-elle à Sienne ou à Florence ?
Je voudrais écrire à Me Mart[ini]. Je me reproche de n’avoir pas écrit depuis neuf mois, et ne voudrais pas être ignorant de ce qui peut intéresser cette aimable famille.
Rome a eu trois bals par semaine, tout ce carnaval, mais cet excès de société n’est pas la société. Pas de maison où l’on trouve 15 personnes passables, tous les mardis. Voilà ce qui fait la supériorité de Paris, et encore les femmes de Paris exigeant les toilettes, et qu’on ne se moque pas de 20 choses moquables, les hommes un peu bien vont passer leurs soirées dans les Cercles. L’Italie manque à la fois de mardis et de Cercles. Les arts sont morts à Rome mais l’on trouve des statues, par exemple 11 à Cerveteri desquelles on offre 54 000f au propriétaire.
Adieu homme d’esprit, et bien plus, d’esprit amusant.
Répondez à M. B* chez M. Poggi vice-consul de France à Livourne.
La vapeur en 16 heures me portera votre lettre dans ce triste trou.
Alb. Gentili
* Monsieur Beyle
L’auteur de La Chartreuse de Parme et Le Rouge et le Noir utilisa plusieurs centaines de pseudonymes différents dans ses correspondances. La signature de notre lettre « Alb. Gentili » peut constituer un clin d’œil de Stendhal à Alberico Gentili, juriste italien de la fin du XVIe siècle dont les travaux contribuèrent à la naissance du droit international public.
Ci-dessous un célèbre portrait de Stendhal à l’époque de notre lettre 1840, par le peintre suédois J. O. Sodermark.

Portrait de Giuilia Rinieri d’après un dessin conservé dans une collection particulière – Musée Stendhal.

Bibliographie :
– H. Martineau. Le Cœur de Stendhal, II, Albin Michel, 1952.
– Lettre publiée par Jacques Houbert dans L’Année stendhalienne, n° 11, 2012, p. 329-334.




