VOLTAIRE, François-Marie Arouet, dit

Précieuse lettre de la main de Voltaire

Voltaire console avec philosophie et bienveillance : «Allez, allez, mon cher Monsieur, ne soyez point inconsolable…»

Vendu
Paiement sécurisé Visa, Mastercard, Paypal
Livraison offerte France métropolitaine

Caractéristiques

Lettre autographe signée de Voltaire (François-Marie Arouet, dit, 1694-1778), adressée à M. Fabri, Maire de Gex. Signée « V – – – – ».

[Vers 1770], « Dimanche matin ».

Une page sur un double feuillet in-4. Adresse autographe au verso du deuxième feuillet. Traces d’ouverture du cachet sans atteinte au texte. Taille : 20×16 cm (20 x 32 cm feuillets déployés).

Précieuse et rare lettre entièrement de la main de Voltaire. La très grande majorité des manuscrits voltairiens à cette époque étant de la main de son fidèle secrétaire Jean-Louis Wagnière.

Dans notre lettre, Voltaire console et rassure avec une grande bienveillance le maire de Gex découragé par les obstacles mis sur sa route dans le projet de peuplement et d’aménagement de la région du Versoix situé à la frontière suisse. Voltaire s’installa à proximité en achetant sa demeure de Fernay en 1758. Ce projet de Versoix, soutenu par le roi de Sardaigne Charles-Emmanuel III, visait à établir une ville nouvelle face à Genève, que Voltaire soutint activement en jouant un rôle officieux de diplomate, d’urbaniste et de conseiller, mobilisant son réseau en faveur du développement régional.


Allez, allez, mon cher Monsieur, ne soyez point inconsolable.

C’est à moi qu’on avait mandé que deux articles et entre autres celui de l’éducation pourrait écarter les nouveaux colons.

C’est à moi qu’on a écrit depuis qu’il ne serait point question d’éducation.

C’est à moi qu’on écrit par une troisième lettre du 14 (arrivée seulement aujourd’hui par M. Henin) qu’on fera garder le port par des invalides.

Ainsi vous n’êtes responsable que du bien que vous faites tous les jours au pays.

On connaît votre mérite et vos services et vous devez vous consoler.

Il est clair qu’il faudra un autre édit si on veut que la ville soit habitée.

En pareil cas, c’est à ceux qu’on veut attirer, à donner la loi; on traite ses sujets comme on veut, mais il faut composer avec ceux qu’on veut acquérir.

Mille très tendres respects.  V—-

Dimanche matin


Nous reproduisons l’intéressante contextualisation réalisée par l’experte Elvire Poulain-Marquis au sujet de cette lettre inédite à la correspondance de Voltaire des éditions Garnier.

« Lettre vive et bienveillante, témoignant de l’implication personnelle de Voltaire dans les affaires d’aménagement et de peuplement de la ville de Versoix, projet politique et stratégique lancé par la cour de Sardaigne.

Dans cette lettre, Voltaire cherche à consoler et encourager M. Fabri, alors maire de Gex, visiblement affecté ou découragé par les difficultés rencontrées dans le projet de colonisation ou de développement urbain – sans doute celui de Versoix, projet cher à Voltaire. Il s’agit alors de créer une ville concurrente à Genève, sur la rive sarde du lac Léman, capable d’attirer des colons français et de devenir un port florissant sous souveraineté sarde.

Voltaire dédramatise avec esprit : «ne soyez point inconsolable». Il précise que les informations contradictoires qui circulent sur les obstacles administratifs notamment un article concernant l’éducation des enfants ou la garde militaire du port) ne sont pas imputables à Fabri mais qu’il en a lui-même été directement informé. Par ce ton à la fois ironique et rassurant, il décharge Fabri de toute responsabilité et insiste sur la reconnaissance que lui doit le pays pour son engagement quotidien.

Il conclut avec une remarque de fond, typique de sa pensée politique pragmatique : «c’est à ceux qu’on veut attirer à donner la loi». Il distingue clairement les sujets sur lesquels le pouvoir peut imposer sa volonté de ceux où il doit négocier. Cette formule, à la fois libérale et réaliste, résume son approche des politiques d’implantation et d’accueil des colons : attirer suppose de convaincre et d’aménager la législation en leur faveur.

Cette lettre brève mais dense nous montre Voltaire en acteur de terrain, impliqué dans un ambitieux projet urbanistique et politique. Il y déploie toute sa finesse diplomatique pour soutenir un allié local, tout en défendant une vision très moderne de la gouvernance : attirer des populations nécessite des incitations claires, non des contraintes. Sa défense de l’idée d’un nouvel édit témoigne aussi de son engagement pour une législation adaptée à la réalité sociale.

Lettre de grande valeur documentaire et historique, qui éclaire le rôle souvent méconnu de Voltaire comme acteur de la politique d’aménagement du territoire. Elle offre un aperçu de ses convictions en matière d’attractivité politique et sociale, de négociation avec les populations, et de loyauté envers les administrateurs locaux. »

Ci-dessous, portrait de Voltaire vers 1724 d’après Nicolas de Largillierre, exposé au château de Versailles.

François-Marie Arouet dit Voltaire (1724 ou 1725), d'après Nicolas de Largillierre, exposé au château de Versailles.

Une question ? Échangeons !