BAUDELAIRE, Charles

Lettre du Général Aupick, beau-père abhorré de Charles Baudelaire

Depuis Péra en Turquie quelques mois après la visite de Flaubert et Maxime du Camp.

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Caractéristiques

Lettre autographe signée de Jacques Aupick (1789-1857), beau-père de Baudelaire alors ambassadeur à Péra en Turquie adressée à Auguste Le Moyne (1800-1891), aussi connu sous le nom de chevalier Le Moyne. Diplomate chevronné, naturaliste, dessinateur et écrivain français, connu pour ses missions en Amérique latine, Le Moyne était alors consul général de France dans l’Empire Ottoman/au Levant et gérait avec le général Aupick les intérêts stratégiques et consulaires français dans la région.

Péra [Turquie], 1851. Deux pages sur un double feuillet In-8. Taille : 21 x 13,2 cm. Notes autographes additionnelles au crayon.

Après la Révolution de février 1848, le général Jacques Aupick est nommé par la Seconde République ministre plénipotentiaire (ambassadeur) de France auprès de la Sublime Porte à Constantinople (quartier de Péra). Cette lettre est intéressante car elle marque en mars 1951, la fin de sa mission diplomatique en Orient. Rappelé en France il prépare son départ avant d’être réaffecté peu après comme ambassadeur à Madrid (1851-1853), puis nommé sénateur sous le Second Empire par Napoléon III.

Cette lettre est également intéressante car elle suit de peu une séquence savoureuse à Péra rapportée par Maxime Du Camp et impliquant Flaubert, Le général Aupick et la mère de Baudelaire*. (Cf-infra)

Belle signature.


Péra, le 18 mars 1851

Monsieur le Consul Général,
Au moment de quitter l’Orient, je viens vous exprimer le regret que j’éprouve de voir cesser des relations que vous m’avez rendues autant agréables qu’intéressantes. J’en garderai le meilleur souvenir, veuillez en être persuadé, comme du plaisir que j’éprouverais si, dans l’avenir, j’avais encore à servir, de concert avec vous, les intérêts de notre pays.

Agréez, Monsieur le Consul Général, l’assurance de mon sentiment de considération toute particulière —

Le Général Aupick

[En bas du premier feuillet, on lit :] Monsieur Le Moyne, Consul général.


 

*En 1850 Gustave Flaubert et Maxime Du Camp effectuent leur célèbre « Voyage en Orient » et font halte à Constantinople. Le général Aupick y est alors ambassadeur de France et sejourne à Péra avec la mère de Charles Baudelaire, Caroline Dufays (devenue Mme Baudelaire puis Mme Aupick) . En toute logique, les deux jeunes voyageurs français sont invités à dîner au palais de la légation française le 29 novembre 1850, peu avant notre lettre.

À ce moment-là, Maxime Du Camp ignore tout des liens de parenté et du conflit ouvert et exacerbé qui existe entre le général Aupick et son beau-fils rebelle, Charles Baudelaire.

Dans ses Souvenirs littéraires (Tome II, Chapitre XVIII, « Les Revenans »), Maxime Du Camp raconte ce merveilleux moment de malaise diplomatique et familial. Après le dîner, le général Aupick engage la conversation sur l’actualité culturelle de la capitale et lui demande : « La littérature a-t-elle fait quelque bonne recrue depuis que vous avez quitté Paris ? » Maxime Du Camp évoque d’abord le succès de La Vie de bohème d’Henri Mürger, puis ajoute avec une innocence totale :

« J’ai reçu, il y a peu de jours, une lettre de Louis de Cormenin, dans laquelle il m’écrit : « J’ai vu dernièrement, chez Théophile Gautier, un Baudelaire qui fera parler de lui ; son originalité est un peu trop voulue, mais son vers est ferme ; c’est un tempérament de poète, chose rare à notre époque. » »

L’effet produit par l’évocation de ce Baudelaire est instantané, créant un immense froid à table. Du Camp décrit les réactions physiques de chacun :

« Dès que j’eus prononcé le nom de Baudelaire, Mme Aupick baissa la tête, le général me regarda fixement comme s’il eût relevé une provocation, et le colonel Margadel me toucha le pied pour m’avertir que je m’aventurais sur un mauvais terrain. Je demeurai assez penaud, comprenant que j’avais commis une maladresse, mais ne sachant laquelle. »

Ci-dessous portrait de Jacques Aupick.

Portrait de Jacques Aupick

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