Edmond de Goncourt soutient la liberté d’expression et rappelle ses faits d’armes à l’occasion du procès des Sous-Offs
"Toutes les sympathies d'un confrère ayant à l'occasion de sa prose, passé en police correctionnelle"300 €
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Belle carte de visite autographe d’Edmond de Goncourt (1822-1896) au jeune Lucien Descaves (1861-1949).
[Paris, février- mars 1890]. Taille : 6,5 x 10 cm et 9 x 15 cm avec cadre de présentation (inclus).
Edmond de Goncourt apporte son soutien au jeune « confrère » Lucien Descaves et rappelle ses faits d’armes à l’occasion du célèbre procès des « Sous-Offs » en mars 1890 :
« Avec l’envoi de toutes les sympathies d’un confrère ayant à l’occasion de sa prose, passé en police correctionnelle – et cette fois – cette fois unique – placé entre des gendarmes. »
Accusé d’outrage à l’armée et aux bonnes mœurs pour son roman (les) Sous-Offs, Lucien Descaves est traîné devant les assises le 15 mars 1890 pour avoir dépeint de manière crue et réaliste la brutalité de la vie de caserne. Soutenu par Zola, Alphonse Daudet, Maupassant, Octave Mirbeau, Anatole France (et Edmond de Goncourt), l’auteur transforme son procès en une tribune pour le naturalisme, soutenant que la vérité sociale ne doit pas être sacrifiée au prestige des institutions. Le jury finit par prononcer son acquittement, marquant une victoire pour la liberté d’expression face aux pressions militaires et morales de l’époque et anticipant comme une petite répétition générale l’engagements des écrivains contre la raison d’état dans l’affaire Dreyfus qui éclatera quelques années plus tard, en 1894.
Dans cette carte, Edmond de Goncourt fait référence avec une certaine fierté à un événement fondateur de sa carrière : en janvier 1853, lui et son frère Jules avaient été traînés en justice pour « outrage à la morale publique » suite à un article intitulé « Voyage au pays du n° 5 » publié dans leur journal Paris.
Avec l’envoi de toutes les sympathies d’un confrère ayant à l’occasion de sa prose, passé en police correctionnelle – et cette fois – cette fois unique – placé entre des gendarmes.
Dans son Journal , à la date du 15 mars 1890, Edmond de Goncourt écrit le jour du verdict du procès de Lucien Descaves :
« Samedi 15 mars. — À l’issue de l’audience, après l’acquittement, Descaves est venu m’embrasser. Il m’a raconté sa comparution devant le jury, et ce qu’il y a de dur et de navrant dans cette station sur le banc des criminels, entre deux gendarmes : une émotion que j’ai connue, moi aussi, il y a trente-sept ans, et qui vous laisse pour toute la vie un amer dégoût de la justice de son pays. »
C’est à partir de cet acquittement que Lucien Descaves deviendra un habitué du « Grenier » d’Auteuil, le salon littéraire d’Edmond de Goncourt où il côtoie Daudet, Zola et Huysmans.
Edmond de Goncourt le choisira également (aux côtés d’Alphonse Daudet) comme exécuteur testamentaire. À la mort d’Edmond en 1896, c’est Descaves qui eut la lourde tâche de gérer l’immense collection d’art des Goncourt, de veiller à la publication du Journal (ce qui provoquera d’ailleurs des tensions et des procès avec la famille) et d’organiser la création de l’Académie Goncourt.
Ci-dessous Edmond de Goncourt par Paul Nadar en 1886.

Ci-dessous Lucien Descaves photographié par Charles Reutlinger pour le Théâtre en 1901.

Affiche pour les Sous-Offs, 1890






