SADE, Marquis de

Précieuse lettre du Divin Marquis maudissant ses enfants, «ces barbares individus»

Enfants conservant "d'antiques préjugés dont les résultats firent en tous les temps et l'infortune et le malheur de la patrie."

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Caractéristiques

Lettre autographe signée du Marquis de Sade (D. A. F. de Sade, Donatien Alphonse François de Sade. 1740-1814) à son avoué, Monsieur Paris (Jean Simon Paris de Lamaury 1759-1827).

« Ce 15 » [Vers 1799]. Une grande page sur un double feuillet avec adresse autographe. Discrètes piqûres et marques d’usage. Taille : 19,5 × 31 cm déployé. Feuillet simple : 15,5 × 19,5 cm.

Splendide et précieuse lettre du « divin marquis » maudissant ses enfants, « ces barbares individus » qui, refusant d’aider leur père en détresse, conservent « d’antiques préjugés dont les résultats firent en tous les temps et l’infortune et le malheur de la patrie. »

Sade accusait régulièrement ses enfants d’être asservis à la morale aristocratique et religieuse traditionnelle, des dogmes qu’il estimait responsables des divisions et de la ruine de la France, et se posait en victime de cette intolérance. Il dénonçait leur rejet à son encontre comme le fruit d’un conformisme aveugle détruisant aussi bien les liens familiaux que la patrie. Ses enfants, eux, lui reprochaient d’avoir fait souffrir leur mère, dilapidé le patrimoine familial et déshonoré leur nom par ses procès, scandales et écrits.

Belle signature.


M. Diard, Monsieur, l’un de mes créanciers à la fois le plus pressant et le plus considérable, désire vous voir pour savoir de vous quelle est à peu près l’époque où mes enfants veulent terminer, je vous supplie de transmettre à mes donataires enfants toute l’inquiétude et toute l’humeur qu’il vous témoignera (avec raison sans doute).

Puisse cette démarche hâter, déterminer l’irrésolution de ma famille et convaincre ces barbares individus que le véritable honneur consiste bien plus à donner à leur père une existence honnête qu’à conserver encore d’antiques préjugés dont les résultats firent en tous les temps et l’infortune et le malheur de la patrie.

Considération et reconnaissance.

Sade

[en petit] Ce 15

[adresse autographe]

Monsieur Paris, avoué

Rue des Boucheries-Saint-Germain

Passage de la treille

à Paris


À cette période, Sade est dans une situation de dénuement total. La Révolution française l’a ruiné en détruisant son château de La Coste, en abolissant ses droits seigneuriaux et en faisant séquestrer ses terres à la suite de son inscription (abusive, car il n’a jamais quitté le territoire) sur la liste des émigrés (les citoyens ayant fui la Révolution à l’étranger).

Il a dû céder ses biens à ses enfants pour éviter qu’ils ne soient saisis. Il se retrouve alors à leur merci pour recevoir une pension et vit dans une petite chambre à Saint-Ouen, caché pour échapper à ses créanciers. Il harcèle alors ses hommes d’affaires et avoués pour obtenir de l’argent de ses terres de Provence (La Coste, Mazan), mais ses enfants (les « donataires ») bloquent les fonds.

Quelques mois plus tard, en 1800, Sade publie Zoloé et ses trois acolytes, roman satirique qui caricature la corruption et les mœurs des élites du Consulat, ce qui précipite son arrestation définitive et son transfert à l’hospice de Charenton en 1801, où il passera le reste de sa vie jusqu’à sa mort en 1814.

Ci-dessous, deux portraits presque opposés du « divin marquis », ses deux faces les plus populaires.

Profil du marquis de Sade à vingt ans par Charles van Loo, vers 1760-1762.

Ci dessous, Le Portrait imaginaire de D.A.F. de Sade (1938), œuvre surréaliste de Man Ray, Menil Collection de Houston.

Portrait imaginaire de D.A.F. de Sade (1938), une œuvre surréaliste réalisée par l'artiste Man Ray, actuellement conservée à la Menil Collection de Houston

Ci-dessous intéressant documentaire de 54m de Marlies Demeulandre, Sade : l’ange noir des Lumières.

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