Sur la brièveté du bonheur et Nietzsche, depuis Sils-Maria.
"Partout le fantôme magnifique de Nietzsche nous enseigne à vivre le bonheur bref dans une minute de soleil et de neiges."Vendu
Caractéristiques
Lettre autographe signée de Jean Cocteau (1889-1963), peut être au critique d’art Henri Corbière (1888-1980).
24 février 1955 , Sils-Maria (Alpes Suisses). Une page in-8. Taille : 21 x 14,5 cm. Marges irrégulières. Pliures marquées.
Belle et spirituelle lettre évoquant Nietzsche depuis Sils-Maria dans la haute Engadine où Nietzsche eut sa révelation de l’éternel retour.
24 février 1955
Sils Maria
Mon cher Corbière
Pour un poète le bonheur consiste à n’être pas trop malheureux. Sur ces montagnes de l’Engadine partout le fantôme magnifique de Nietzsche nous enseigne à vivre le bonheur bref dans une minute de soleil et de neiges.
Votre Jean Cocteau
Je souhaite aux jeunes poètes un certain genre de malheur s’ils le méritent. Car encore faut-il être digne de cette grande malchance qui est la vraie chance.*
*Cette conclusion sur la « dignité » du malheur est purement nietzschéenne, l’artiste doit être assez fort pour supporter et aimer son destin (Amor Fati).
Dans son journal intime Le Passé défini (Tome IV), Cocteau écrit au lendemain de cette lettre, à la date du 25 février 1955 :
«La maison de Nietzsche, petite, exquise et qui se montre immédiatement avec la vivacité d’un aphorisme du Gai Savoir. On y arrive au bout d’un couloir de neige et un bourrelet de neige la couronne. Je m’arrête, paralysé, aveuglé par des larmes irrésistibles. Doudou [Édouard Dermit] me suit. Je n’ose me retourner, lui montrer ma figure, lui parler avec une voix de gorge ridicule. Je m’agenouille sur le seuil. Je ramasse un peu de neige et je la mange en disant : “Bonne neige du seuil où il a posé les pieds, donne-moi un peu d’intelligence.»
Ci-dessous la Maison de Nietzsche à Sils-Maria photographiée par Jean Cocteau.

Vue de Sils Maria et du lac de Sils.




